Attaque en juillet

16 Juillet 2012, Parc Jean-Paul Riopelle, entre le centre-ville et le Vieux-Montréal.

J’essaie tant bien que mal, tout comme une cinquantaine d’autres, à échapper à la chaleur accablante qui nous écrase sur nos bancs de parc dans cette foret urbaine du coté de la rue Saint-Antoine.

Je suis dans un état de quasi somnolence, plus prêt de la plante verte que de l’humain, à demi couché sur mon banc de parc à l’ombre des branches protectrices d’un chêne urbain qui comme-moi subit les assauts de cet exceptionnel mois de juillet Montréalais. Je perçois les bruits de la ville, étouffés, comme au travers d’un brouillard de bord de mer; klaxons de voitures au conducteurs impatients; cris d’un enfant en pleure; sirène stridente d’une voiture de police et de celle d’un camion de pompier et au loin comme des coups de canons à peine perceptibles, éloignés les uns des autres mais qui inexorablement se rapprochent et gagnent en intensité et en fréquence.

Tout à coup, sans avertissement aucuns, un projectile puis deux, suivie d’une multitude, dans un bruit d’enfer et d’éclaires intenses, comme si j’étais au milieu d’une centaine de tambours jouant a contre temps les uns des autres, éclairés à la lumière stroboscope , une mitraille de projectils nous tombent dessus. Rien autour de moi n’est épargné, les arbres sont les premiers à subir l’assaut de ce bombardement venu du ciel, puis femmes, hommes et enfants sont touchés, la sculpture du grand Riopelle, debout sur son socle, face à l’hôtel InterContinental n’est pas épargnée, elle aussi est bombardée et touchée de toute part.

C’est la panique total dans le parc, les gens courent dans un sens et l’autre, essayant de se trouver un abri pour ne pas être touchés, les pleures des enfants mêler aux cris des adultes résonnent dans mes oreille comme un musique de fin du monde. Des taches sombrent apparaissent sur les bancs de parc, les pavés et les vêtements de ceux qui ont été criblés de mini projectiles qui éclatent en de minuscule fragments dès qu’ils touchent quelques choses ou quelqu’un.

Complètement sortie de mon état végétatif par tout ce brouhaha. Je me retrouve fin seul au milieu du parc, contemplant cet espace devenu vide de vie qui un instant auparavant était certes écrasé par la chaleur mais fréquenté par une foule, me voila debout les bras en croix et les yeux levés au ciel, dans une posture que certains pourrait qualifiée de religieuse, implorant les cieux et les dieux qui sont censés y habités, cherchant dans tout mon être et dans mon cœur l’inspiration pour que je trouve les mots dignes de former cette prière; cette oraison; cette angélus et ultime demande.

Le parc est baigné dans un silence religieux, le temps est suspendu quelques secondes, j’ose à peine respirer, je suis en attente et puis tout à coup surgit de ma gorge un murmure qui se change en cris et puis en rire en cascade, devant l’évidence de cet après-midi de juillet.

Les gens sortes un à un de leur abris de fortune, trouvés tant bien que mal et moi je suis là au milieu d’eux, les bras en croix, immobile au centre de ce parc, tel un prophète implorant les cieux pour que recommence à tomber cette pluie bienfaitrice qui a cessé, j’implore pour son retour et sa fraîcheur, en vain, elle est bien terminée cette mini orage d’un après-midi de juillet.